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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2016

Laurianne Simon

MÀJ 16-07-2018

 Je me suis promis de me lever chaque matin en me disant : Oui! J’ai les pieds par terre.

 J’ai entendu dire que lorsqu’on a commencé à rêver dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle, ça veut dire qu’on commence réellement à maîtriser cette nouvelle manière d’aborder les choses. Je ne rêve pas encore en anglais, dans mes rêves je ne parle pas ; mais il m’arrive régulièrement de peindre, parfois c’est juste de la peinture qui bouge et se forme toute seule, d’autres fois je vois exactement ce que je devrais faire le lendemain. La manière de mettre en place le processus. Cette histoire-là me rassure, quand je rêve de peinture, je me sens mieux. Je me dis que j’ai compris un peu plus ce que ça veut dire, que je commence « à parler cette langue », que la peinture devient l’un de mes langages, ou mon langage ?

« Un corps humain est là quand, entre voyant et visible, entre touchant et touché, entre un oeil et l’autre, entre la main et la main se fait une sorte de recroisement, quand s’allume l’étincelle du sentant-sensible, quand prend ce feu qui ne cessera pas de brûler, jusqu’à ce que tel accident du corps défasse ce que nul accident n’aurait suffi à faire… »

Maurice Merleau-Ponty. L’OEil et l’esprit. Éditions Gallimard. 1964.

« La parole ne peut pas tout dire de la peinture, il y a des émotions qui sont intraduisibles comme les sentiments, les tableaux sont aussi quelquefois contradictoires, ce sont des lignes de tension. »

Pierre Gauvreau, citation lue aux musées des Beaux-Arts de Québec, Canada.

 

   Il y a là des chaussures qui me permettent de me réenraciner. C’est étrange, elles devaient être trop petites normalement. Quand je les regarde bien ces chaussures, elles ne sont ni trop petites, ni trop vieilles, peut-être un peu abîmées. Elles ont gardé les empreintes des moments où je suis tombée, des taches dans lesquelles j’ai marché, des prés dans lesquels j’ai couru. Du sable se retrouve dans les interstices de mes semelles. Mais elles ont gardé la forme que mes pieds leur ont donnée. Je peux me retrouver dans chaque endroit parcouru ! Je peux piétiner chaque empreinte laissée sur le sol. Je veux pouvoir me poser devant chaque souvenir comme devant un océan. Je veux traverser ces souvenirs, les revivre, les re-digérer, les faire vivre, les raconter, les écrire, les rendre témoins de mes erreurs, de mes peines mais aussi de mes joies, de mes sourires, les emplir d’une envie qui me fait continuer... Cette envie de vivre plus que tout, de vivre en continuant à peindre,  de vivre en cherchant à comprendre ce qui m’entoure, ce qui intérieurement me bouleverse...

Laurianne Simon


The creation of images permits us a sort of freedom to play with our viewers, animating both signs and concepts. The question that has thus continued to come back to me is: «What would happen pictorially if I were to take away the characters, their fleshiness, their experience, and the sense of living narrative that comes along with them?». A question which has helped me take a sort of critical distance towards these subjects who have come to life through me, and have, until now, absorbed me. How ought we talk about things such as anguish, about reaching into nothing, about not truly knowing where we are, about finding our way through it despite the absence of clear markers? Furthermore, how best to make all this accessible through images, in such a way as to create openings for others, when sentiments such as compassion and judgement primarily make themselves known through affect?

Laurianne Simon

Translation: Shannon D'Avout