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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2016

Julie Bonnaud & Fabien Leplae

MÀJ 27-09-2019

Slow Futur, 2019

une exposition organisée par le collectif SANS TITRE
(Marie-Pol et David Lewis, Régine et Yves Périssé)
--> le 29 juin 2019
chez Régine et Yves Périssé
21 rue Jean-Claude Camors
35700 Rennes

Futur lenteur, 2019

fusain et pierre noire sur papier marouflé sur bois, 8 formats de 21x14 cm

Sans titre, 2019

pastel sec sur papier, 27x35 cm

Jonesy, 2018

fusain et pierre noire sur papier, 30,5x22,5

Sans titre, 2019

pastel sec sur papier, 27x35 cm

plasme sample, flux gazeux ton sur ton, 2019

gouache et encre sur bois, 85x115 cm

Slow Futur, 2018

fusain et pierre noire sur papier marouflé, monté sur 3 châssis, coproduit par L'aparté, 273x112 cm

Slow Futur est une scène nocturne, un paysage urbain qui s’étire frontalement. La scène peut évoquer un décor de bas-fond de Blade Runner, où une fine bruine constante dialogue avec le grésillement de néons obsolètes. Ou bien, elle est un moment et un lieu où tout figure un état de climax, imposé par trois triangles de béton aux surfaces usées par les suintements. Ces trois formes géométriques strictes maintenues en suspension sont sanglées et harnachées à un lugubre auvent de tôle par une matière qui semble organique, non identifiable pour autant. Tel un immense vaisseau de science-fiction surgissant en rasant le cadre, elles surplombent, transpirantes, le flux permanent d’un lieu de passage, un sas, un hall, un parvis. Leur présence s’apparente au surgissement quelque peu halluciné de spectres Kurosawaîens passés au rémouleur du vieux fond de cale du Nostromo. Le spectateur adopte le point de vue de celui qui passe, le regard faisant face à une succession de portes coulissantes dont on ne voit que le haut, le dessin s’arrêtant brusquement sur toute sa longueur, parachevant cette sensation de suspens. On ne perçoit en face que de maigres signaux lumineux bus par la nuit et interrompus par les reflets et les matités saccadées sur le verre des portes. Ils résonnent comme autant de sous-titres visuels qui cryptent encore davantage la permanence de la scène muette jonchée au dessus.
La photographie ayant servit au dessin a été prise au vol, elle a néanmoins saisi tout un lexique de formes-matières variées, assemblées de façon incongrue dans une scène banale. Tout juste extraite de son contexte, la composition contenait toute l’étrangeté que le duo cultive usuellement par le truchement du photomontage. C’est dans ce lexique, dont il a plu aux plasticiens de concevoir et d’entreprendre la transformation à la pierre noire, au graphite et au fusain, que résident en dessin les divers sens que peut revêtir l’oeuvre.

Slow Futur est une référence à l’album (du même nom) du groupe de musique électronique Zombie Zombie, dont le premier EP consiste entièrement en des reprises de bandes-originales des films de John Carpenter, réalisateur de science-fiction et d’Étrange qui compose lui même, électroniquement, ses musiques de films. Slow Futur pourrait se traduire par futur lent, ou futur lenteur, un futur à rebours. Un futur antérieur, de série B, de littérature Borgésienne ou Dickienne.
En plus d’alimenter la boucle entre ces influences croisées, le choix de cet oxymore pour titre indique la propension des artistes à manier l’entrechoque-ment de figures inconciliables ou paradoxales comme fondement de méthode, de pensée et de ressenti. En témoignent ces jeux d’assujettissements successifs et réversibles qui opèrent à diverses strates du travail : de la méthode au contre emploi, du mécanique au toucher, des outils aux sujets, des images aux mots...
À toutes ces sphères d’influences s’ajoute la musique électronique, et de fait le duo hybride ses savoir-faire de dessin en ajoutant à leurs quatre mains un cinquième bras, mécanique, qui peut reproduire du dessin exécuté à la tablette graphique. Par ce biais ils travaillent à poser les bases d’une pratique qui associerait le potentiel de l’électronique au dessin, qui devient à même d’être différé, dupliqué, bouclé, saturé ou distordu... A l’instar de musiciens qui greffent leur sensibilité et leur sens de l’acoustique à des outils électroniques, Julie et Fabien y greffent la leur également, afin d’éprouver, eux, leur sens du toucher.


Texte d’Odon Arotçarena, février 2019

Plasma, 2019

pastel sec sur papier marouflé sur bois, 13,5x20 cm

plasme sample, 2019

gouache et encre sur bois, 85x115 cm

Arène, 2019

pastel sec sur papier marouflé sur bois, 24x32 cm

Cuticule, 2018

encre sur papier, 53,5x45 cm

plasme sample, 2019

Estampe sérigraphique 4 couleurs & pastel sec sur rivoli 240gr , 55x61 cm, imprimée par la Presse Purée, Rennes, 37 ex

Opéra, 2019

pastel sec sur papier marouflé sur bois, 26x35 cm

plasme sample, Still there was this sound clicking, 2018

encre et gouache sur bois, 84x116,5 cm

Opéra pour kéfir, 2019

Popera de 29 mn du duo NoNotableNod (Eshôl Pamtais et Gwendal Cadou)
bocal en verre, grains de kéfir, figues, sucre, citrons, enceinte
luminaire de Leo Prud'homme (Bwazo)
dimensions variables

À partir d’un champ lexical propre à la préparation fermentée du kéfir* (répétition et changement, bactéries, molécules, fermentation et prolifération etc), qui évoque par lui-même le sampling musical ou visuel, une série de gouaches / encres sur bois, une sérigraphie (portant pour titre plasme et son anagramme sample) et un opéra de 26 min entretiennent échos et réminiscences par le biais de cette installation dans l’exposition.
*Kéfir : Boisson issue de la fermentation du lait ou de jus de fruits sucrés, préparés à l’aide de « grains de kéfir », un levain constitué essentiellement de bactéries lactiques et de levures.