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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2016

Armelle Rabaté

     Le travail d'Armelle Rabaté est assez immédiat dans sa relation avec le public et littéral dans le lien intime qu'il entretient avec le lieu-même de son exposition pour l'exempter d'un texte assommant. Néanmoins, ici, il sera question d'en donner une idée claire et précise et de rendre possible son appréhension par le truchement des photographies.

    Il est essentiel de voir ses propositions comme une invitation à regarder le dessin d'une autre façon. Sans avoir la prétention de le réinventer, elle offre aux visiteurs de ses expositions sa manière subtile et personnelle de le concevoir. Travail à considérer, donc, avec la même légèreté et enjouement avec lesquels elle le conçoit. Certaines de ses pièces remettent en cause les bases du dessin (Partition pour un crayon, La fourmi, Salle des couronnes, Course, Horizon mobile). Les médiums traditionnels y sont abandonnés, les outils appropriés également, et même - le plus piquant peut-être - sa définition la plus fondamentale considérant qu'il doit naître d'une collaboration entre le cerveau et la main : une fourmi en guise de cerveau, une voix en guise de main. Paradoxalement aux notions conceptuelles diluées dans ses dessins, elle se rattache aussi à l'artisanat. Dans La Fourmi elle s'est construit un pantographe géant en bois, dans Partition pour un crayon, un bureau. Il est présent également dans la technicité de certaines de ses pièces, dans le travail minutieux de Muzeum Platz, ou Villas, dans lequel elle détourne l'utilisation d'un outil de chantier très précis, un cordeau à tracer.

      Elle se situe autant dans l'idée et le processus que dans un intérêt fort à la matérialité et l'aspect physique des objets. Finalement, ces deux notions antithétiques se retrouvent dans sa propension à toujours créer sur mesure. Elle s’adonne à un exercice de couturière, prenant des dimensions, relevant les moindres détails, pour un parfait ajustement. Elle taille des œuvres pour des lieux. Les quatre murs d'une salle entière sont un support (Course), un horizon une ligne de conduite (Nivellement du paysage, Arpenter l'Île). La forme devient intrinsèque à l'environnement (Façades). Dans Salle des couronnes, pièce activable simple et efficiente, toutes les portes de placards bas bordant une salle de l'ancien institut Pasteur sont ouvertes et munis de pastels blancs. Pour circuler, les visiteurs se retrouvent obligés de les fermer, traçant au sol une multitudes d'arc de cercles blancs qui s'entre-croisent. Le lieu même devient à la fois support, matériau, et il laisse l'étonnement au spectateur de découvrir les résultats de son geste.

      Installations, vidéos, performances... Aussi multiples et variées soient les disciplines auxquelles Armelle Rabaté fait appel, on retrouve toujours un fil d'Ariane qui nous guide à travers la jungle de lignes, de chemins et de tracés.

Adèle Hermier