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Documentation d'artistes diplômés de l'EESAB. 2011 - 2016

Anita Gauran

MÀJ 12-12-2017

  • Vue de l'exposition Scrapshow / Production : PHAKT, Centre Culturel Colombier, Rennes

  • Vue de l'exposition Scrapshow / Production : PHAKT, Centre Culturel Colombier, Rennes

  • Vue de l'exposition Scrapshow / Production : PHAKT, Centre Culturel Colombier, Rennes

  • Vue de l'exposition Scrapshow / Production : PHAKT, Centre Culturel Colombier, Rennes

  • Vue de l'exposition Scrapshow / Production : PHAKT, Centre Culturel Colombier, Rennes

  • Vue de l'exposition Scrapshow / Production : PHAKT, Centre Culturel Colombier, Rennes

Sans titre, 2017

Triptyque, épreuve argentique noir et blanc sur papier baryté collé sur dibond, 68 x 103 cm chaque

  • Sans titre, 2017, papiers photosensibles, rhodoïdes, dimensions variable

  • Sans titre, 2017, papiers photosensibles, rhodoïdes, dimensions variable

Sans titre, 2017

6 épreuves argentiques noir et blanc sur papier baryté collés sur dibonds, 50 x 51 cm ch.

Sans titre, 2017

6 impressions jet d'encre papiers matt, 38 x 38 cm ch.



SCRAPSHOW - Texte de l'exposition -

Rédaction : le PHAKT, Centre Culturel Colombier.

 

Anita Gauran développe une recherche photosensible, à la fois étrange, inquiétante et savante, et dans le même temps ludique et généreuse. L’artiste travaille à partir d’une matière photographique prélevée dans les musées et dont les différents éléments font l’objet d’un travail en laboratoire qui à la fois les altèrent et les révèlent dans une nouvelle modernité.

 

A l’heure du tout numérique, Anita Gauran adopte une posture singulière au sein d’une génération qui fait sienne la réappropriation d’images largement disponibles sur le web. Munie d’un appareil argentique, l’artiste arpente les musées et les sites archéologiques dont elle exhume des figures séculaires, statuaires antiques, bas reliefs médiévaux, reliques, pour en faire les sujets de sa production photographique. Sans nostalgie ni passéisme, l’artiste dresse le portrait intime d’une civilisation aussi vénérable qu’hétérogène. 

 

Pour son exposition au PHAKT- Centre Culturel Colombier, l’artiste se plonge dans les réserves du Musée des Beaux Arts de Rennes. Division hautement stratégique de l’institution, c’est tout à la fois un espace de stockage et d’étude, de conservation et de restauration. A la sublimation et l’exaltation de l’espace muséale, la réserve oppose une autre histoire de l’art qui ne demande qu’à s’écrire. S’attachant autant aux collections d’objets qu’à leur contexte de dépôt, Anita Gauran exhume un ensemble de figures, qu’elle remet en jeu par des processus propres à la photographique argentique (altération, virage, coloration…). Un geste qu’elle prolonge en s’émancipant du process argentique classique; prise de vue / développement / tirage ; au profit d’expérimentations autour de la chimie photographique, des modalités de tirage, d’exposition…

 

Une première série propose une immersion dans le dispositif fonctionnel de la réserve. Anita Gauran explore le potentiel plastique de ce lieu préservé, des matériaux, des dispositifs de stockages aux objets qu’il héberge. Les pièces sont pour la plupart protégées de la poussière par des rideaux plastique, parfois emballées dans des sachets ou entreposées dans des boites, sur des mousses, à même des étagères ou simplement sur une table. L’hétérogénéité de la collection et l’organisation particulière du lieu interroge le visiteur néophyte sur les modalités de classement : Est ce par période, par provenance, par ordre chronologique d’arrivée au musée ? C’est autour de ces interrogations que l’artiste construit une fiction photographique ? Vignettes d’un catalogue imaginaire / véritable inventaire de la réserve. En s’affranchissant du noir et blanc pour la couleur, Anita Gauran nous propose une approche oscillant entre l’esthétique froide du documentaire et un geste plus pictural. Le rendu chromatique de la série résulte de l’usage d’un appareil photographique moyen format 6x6 et de pellicules Kodak Ektar, il vient appuyer une esthétique photographique hors du temps.

 

En parallèle, un ensemble de six photographies, issues de la même série mais tirées en noir et blanc, propose un premier jeu d’expériences autour de dégradations de l’image. La détérioration des clichés est le fruit d’une immersion prolongée du tirage dans le bain de rinçage provoquant un effet d’effacement quasi total de la photographie. La représentation disparaît au profit d’une matière abstraite résultant de la dilution de la surface photosensible et de la décomposition du film plastique de protection. Si l’institution muséale mène une lutte acharnée contre les effets du temps développant des moyens très sophistiqués, Anita Gauran conçoit à l’inverse des stratégies lentes d’altération de ses productions. La question du temps vient articuler la forme au sujet, de la détérioration de la matière sensible au séjour prolongé des objets au sein même des réserves.

 

S‘appuyant sur les pratiques du laboratoire photographique, Anita Gauran imagine une installation évolutive et éphémère. Des films rhodoïd imprimés, représentant une collection de figures antiques, sont fixés sur des papiers photo non développés et toujours sensibles à la lumière. Tout au long de la durée de l’exposition, l’artiste vient retirer les films plastiques dévoilant l’empreinte en négatif des images. L’exposition à la lumière sans fixation chimique estompe les représentations qui s’uniformisent progressivement et disparaissent avec le temps nous livrant des images fugaces et impermanentes, métaphores de civilisations ancestrales.

 

Si l’antiquité nous a légué deux archétypes emblématiques que sont le drapé et la colonne, celles ci ont acquis dans notre imaginaire une place exceptionnelle. Aussi fascinantes que fantasmées, elles marquent durablement une histoire des formes de la statuaire à l’architecture procurant à l’artiste les motifs d’un tryptique photographique noir et blanc. Si ces images semblent hétérogènes, leur format identique tend à les réunir. Accentuant la verticalité de l’image, le tissu brodé tombe en plis et répond à la colonne en fragment posé sur socle qui incarne l’élévation de l’architecture. De l’abstraction de la matière, on distingue les coulures et les plis formés en retirant la photographie de l’eau. Différents motifs se répondent d’une image à l’autre, les stries de la colonne aux bandes « test » (geste de méthodologie du développement photographique en laboratoire ici totalement revendiqué dans l’image) qui rejouent la verticalité, des textures d’un tirage en décomposition aux plissés et autres broderies du costume traditionnel. De la rugosité du matériau à la légèreté du modelé, l’ensemble forme un terrain d’expérience plastique d’une photographie poussée aux limites de sa surface.

 

Anita Gauran nous plonge au coeur d’une dynamique maintes fois paradoxale. Si la question documentaire reste proche, elle devient prétexte et se trouve embarquée par les qualités propres du médium utilisé afin de rejouer l’exposition. Si l’actualité du regard nous donne à voir une réalité, celle-ci n’est jamais vraiment accessible au visiteur et ces images se jouent dans une altération qui interroge leur statut tout autant que celui d’une mémoire dont on pressent l’effacement comme celui de la matière photosensible. Statut des oeuvres et des objets, mémoires et traces des civilisations, objets culturels, altération, conservation, disparition… les formes de l’image viennent créer un univers silencieux et impermanent, irréductible à la multiplicité des regards. 

 

 

L’exposition fait suite à une résidence d’artiste coordonnée par le PHAKT à l’école Jacques Prévert où Anita Gauran a installé son atelier de novembre 2016 à juin 2017. 

 

Un grand merci à Anne Dary et Laurence Imbernon pour leur accueil au Musée de Beaux-Arts de Rennes

 

Anita Gauran est diplômée de l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne – site de Rennes en 2013, après un cursus Erasmus à l’Athens School of Fine Arts en 2010-2011. Depuis 2009, son travail a fait l’objet de plusieurs expositions collectives à Rennes, Lorient et Paris. Elle a participé également à des expositions à l’étranger et notamment à Athènes et à l’Académie des Beaux Arts de Finlande à Helsinki. Dernièrement, elle a été invitée à exposer à la galerie Eva Vautier à Nice, à la galerie du 48 à Rennes et au château de Kerjean en Finistère. Elle est actuellement en résidence d’artiste à l’Ecole Jacques Prévert à Rennes